Ecologie


Les forêts alluviales ou ripisylves sont reconnues comme des écosystèmes forestiers présentant une complexité, une richesse et une diversité biologique remarquables. Elles font aussi partie des milieux naturels les plus menacés en France et en Europe. (Piégay H., Pautou G. et Ruffinoni C., 2003). L’écologie du peuplier noir est difficilement distinguable des rôles écologiques de la ripisylve en général.

Aire de répartition

L'aire de repartition du peuplier noir est très vaste. Elle est essentiellement européenne avec des franges en Asie (jusqu'à l'extremité Ouest de la Chine) et en Afrique du Nord (Maroc, vallée du Haut Atlas). Voir la carte de l'aire naturelle élaborée par EUFORGEN et la carte française élaborée par le Programme National de Conservation des Ressources Génétiques du peuplier noir.

Peupliers et biodiversité

Le peuplier noir est une espèce arborescente qui joue un rôle très important dans la ripisylve. En effet, c’est l’essence dominante (pouvant atteindre 35 m de haut et vivre 200 ans) et les interactions qu’elle possède avec le milieu sont à l’origine de toute la diversité et l’originalité que l’on rencontre dans les différents cortèges floristiques et faunistiques qui se développent en milieux alluviaux.

" Les bourgeons du peuplier sont très prisés, notamment par les abeilles qui viennent y chercher la résine collante qu’elles trouvent dessus pour restaurer leurs ruches ou pour embaumer le corps des agresseurs qu’elles exécutent. Les campagnols grimpent parfois pour les croquer, mais ils grignotent aussi écorce et racines en compagnie des lapins qui n’hésitent pas à se dresser sur leurs pattes pour améliorer les capacités de ce garde-manger improvisé. Les vaches ne sont pas les dernières à apprécier le feuillage qui constitue une nourriture riche en protéines.

Le tronc abrite la progéniture de nombreux insectes qui, se faisant, attaquent l’arbre sans pour autant le mettre en danger. C’est le cas d’un papillon nocturne, le Cossus gâte-bois, qui pond ses œufs dans les lésions de l’écorce. Les larves creusent ensuite des galeries. C’est aussi le cas au droit des racines des chenilles d’un autre papillon : la Grande Sésie. Un autre, le Grand Mars Changeant, pond sur les feuilles et ses chenilles, en sortant des œufs, en mangent les limbes… Les coléoptères ne sont pas en reste. Plusieurs larves ne dédaignent pas de s’attaquer aux feuilles, comme la Chrysomèle rouge. C’est aussi le cas d’un petit charançon. D’autres comme les larves de Grande Saperde s’attaquent au bois. Leur présence intéresse heureusement les Pics-verts et les Pics épeiches qui creusent eux aussi le bois pour pouvoir les manger. Pouillots et mésanges ne sont pas les derniers.

cavités sur gros peuplier noirEnfin les chauves-souris prennent aussi leur part de butin (d’autant plus que le peuplier noir peut atteindre des stades "gros bois", menu du castor en hiver renfermant alors une multitude de caches et de cavités). Les branches font aussi le bonheur des Corneilles et des Etourneaux qui y font leurs nids. Le castor, quant à lui, ne se prive pas d’abattre quelques spécimens pour construire des huttes, et de manger l’écorce des jeunes pousses ainsi que les feuilles. "

(encadré Autour de l'arbre et sur l'arbre toute une vie. Villar M., Auclerc P. 2007. Le Peuplier noir. La Loire et ses Terroirs, 60 : 25-33).

Un article récent remarquable par Peter Rotach (2004) présente une synthèse générale sur le rôle et l’importance des peupliers sur la biodiversité et la conservation des espèces qui lui sont associées. (résumé en français).

Peupliers et épuration

Les ripisylves constituent également un véritable espace tampon entre le fleuve et les zones agricoles adjacentes, avec notamment une fonction épuratrice remarquable des nutriments. Dans les zones d’agriculture intensive, on sait que les charges répétées d’engrais azotés se retrouvent dans les nappes sous-jacentes. Ces eaux de nappe cheminent, de quelques mètres à quelques dizaines de mètres par jour, en direction des points bas que sont les lits fluviaux, où elles peuvent émerger, contribuant à l’eutrophisation des cours d’eau. Avant de quitter leur état d’eaux souterraines, elles sont conduites à traverser les ripisylves qui représentent un système épurateur efficace. Une synthèse (Ruffinoni C. et al., dans Piégay H. et al., 2003) a montré que selon l’importance de la ripisylve, dont notamment sa largeur, la fonction épuratrice peut représenter de 37 % à 100 % de réduction de la charge en azote.

Peupliers et réseau racinaire

système racinaire d'un peuplier noir Le réseau racinaire est également un système très complexe de cohésion et de fixation des matériaux alluvionnaires, engendrant un effet protecteur vis-à-vis de l’érosion (Foussadier R., dans Piégay H. et al., 2003).

 

Peupliers et paysages

Le peuplier noir est un élément important dans l’attractivité et la qualité des paysages de vallées. La ripisylve est une composante à la fois structurelle, fonctionnelle et visuelle des paysages de vallée. peuplier noir de Loire à BréhémontCe paysage ripicole est très divers : il présente une hétérogénéité de communautés végétales, qui sont dues à des différences de conditions hydriques, pédologiques et topographiques. Ce paysage peut évoluer lentement dans le temps, en fonction de la croissance de ces espèces et notamment des arbres ; mais peut être modifié très rapidement à la suite de modifications dues aux perturbations naturelles telles que les crues. Pour une analyse plus complète de ces paysages très particuliers, vous pouvez lire les articles de Cossin M. et Girel J., dans Piégay H. et al, 2003.