Menaces


Au sein de son aire d’origine naturelle, le peuplier noir est sous la menace de deux phénomènes majeurs : l’extinction des populations naturelles et l’érosion génétique.

Disparition de son habitat

 

Rhin réserve d'ErsteinPremièrement, l’espèce est menacée par l’anthropisation des cours d’eau, qui correspond à l’aménagement (voie de communication, irrigation) et l’exploitation (extraction de granulats, barrages, …)Barrage de Grangent sur la Loire (Département de la Loire) des cours d’eau. Par exemple, la pratique d’extraction de matériaux, graviers ou sables, dans le lit principal des rivières a un impact bien connu sur l’écologie globale des ripisylves : l’extraction réduit la charge de la riviè re et la rend plus incisive, le lit se creuse, la divagation latérale est alors réduite et les berges ne sont plus soumises aux perturbations des crues. Alors les peuplements évolueront inexorablement vers des peuplements à bois durs (frêne, orme,…) et les habitats pionniers seront progressivement éliminés. Cette pratique contribue donc à la fragmentation, voire à la disparition à moyen terme des populations de peuplier.

Cependant en France, la situation actuelle du peuplier noir est contrastée :

  • Dans les plaines alluviales, il existe des zones où la dynamique fluviale s'exprime encore et qui constituent donc des sites majeurs pour sa conservation (certaines portions des vals de Drôme, d'Allier et de Loire).Garonne à Bourret Dans d’autres cas (Rhin, moyenne vallée du Rhône, Seine, Garonne,…), les régénérations ne sont plus possibles car ces grands fleuves ont été canalisés pour l’agriculture et l’industrialisation. Dans ces sites, le maintien du peuplier noir ne se fera que par des interventions volontaires, remplaçant la dynamique fluviale (régénération sexuée ou végétative, naturelle ou artificielle).
  • Dans les cours d'eau montagnards sans plaine alluviale (Ardèche, Haute-Durance, Gaves des Pyrénées, …), la régénération du peuplier noir est sans doute initiée par des crues exceptionnelles qui détruisent en grande partie la ripisylve, initiant de ce fait une nouvelle succession végétale, où le peuplier noir peut retrouver sa place.

Pollution génétique

Italica à st LuceLa deuxième menace est le risque d’abâtardissement par les phénomènes de pollution génétique des peuplements naturels de peuplier noir par des peupliers cultivés. Ces variétés sont des clones à base génétique extrêmement étroite, présentant ainsi une diversité génétique très réduite. Deux types de variétés présentent des menaces pour les populations sauvages.

  • Premièrement, est omniprésent dans les campagnes françaises la variété ornementale "peuplier d’Italie" qui est un peuplier noir, de forme fastigiée caractéristique. C’est un cultivar, d’origine très ancienne en Afghanistan pour son port caractéristique et mis en valeur par les Italiens.
  • Deuxièmement, sont présents dans la populiculture française une dizaine de variétés hybrides de type euraméricain (issus de croisements entre Populus deltoides et Populus nigra) ou de type interaméricain (issus de croisements entre Populus deltoides et Populus trichocarpa). Ces variétés sont fertiles et produisent des graines (variétés femelles) et du pollen (variétés mâles) viables.Photo aérienne de bord de Loire Ce pollen, qu’il provienne du cultivar "Italica" ou des hybrides interspécifiques de sexe mâle, transporté sur de longues distances par le vent peut féconder les fleurs des peupliers noirs femelles et ainsi polluer génétiquement les populations sauvages. La descendance ainsi produite ne présentera pas la pureté spécifique et la diversité requise. De nombreux travaux français et étrangers pour quantifier ce risque sont en cours, mais on peut penser que ce risque est d’autant plus faible que la ripisylve naturelle à peuplier noir est dense et de surface importante.