Suite à la conférence ministérielle sur la protection des forêts en Europe (Strasbourg 1990), et à cause des menaces exercées sur les ressources génétiques forestières (destruction d'habitats, fragmentation, pollution, utilisation de matériel forestier de reproduction non adapté), un Programme National de Conservation des Ressources Génétiques Forestières a été engagé par le Ministère de Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du territoire au sein de la Commission Ressources Génétiques Forestières. Cinq espèces pilotes (Hêtre, Sapin, Orme, Merisier, Peuplier noir) ont été sélectionnées pour développer le programme national. Le programme peuplier noir est actuellement animé par Marc Villar, scientifique à l' INRA d'Orléans.
Un certain nombre d’actions sont menées dans le cadre de programmes de conservation au niveau national et également européen, par l’intermédiaire du réseau EUFORGEN.
Les objectifs varient d’un pays à l’autre, mais les principaux sont de conserver les gènes fondateurs de la variabilité actuelle (conserver la diversité génétique de cette espèce) et de conserver au mieux les adaptations locales.
Pour mener à bien ce programme deux stratégies de conservation ont été adoptées dans le contexte français : la conservation statique et la conservation dynamique.
Cette opération a pour objectif de constituer et de conserver de façon statique (donc hors du milieu naturel initial) un échantillon représentatif de la diversité de l’espèce. C’est la stratégie la plus simple à mettre en oeuvre sur le court terme.
Chez le peuplier noir, la conservation ex situ est réalisée suivant le principe suivant : collecte de boutures pour la multiplication
végétative de l’individu, élevage en serre ou en pépinière et conservation des plants en pépinière et en populetum. Cette Collection nationale comprend actuellement des copies de 350 individus, provenant de sites bien répartis géographiquement (1 à 5 clones sont conservés par site de collecte selon l’importance de la population).
Cette Collection est actuellement gérée par le Conservatoire National de Biodiversité Forestière de Guémené-Penfao.
Cependant, l’inconvénient majeur de cette conservation ex situ se manifeste sur le long terme, puisque les échantillons ainsi conservés, ne sont pas soumis au jeu de la recombinaison et de la sélection. Par conséquent ils n’engendrent aucune diversité nouvelle, ce qui illustre bien la notion de "conservation statique".
L’idéal est donc de conserver les ressources génétiques du peuplier noir dans son milieu naturel et de façon dynamique. En effet, la conservation in situ permet de préserver le potentiel d’adaptation de l’espèce sur le long terme (jeu de la recombinaison par reproduction sexuée entre individus), tout en le laissant évoluer dans son milieu, en phase avec l’évolution de l’environnement.
Afin de mettre en place un réseau de conservation in situ, et pour privilégier une structure de conservation sur le très long terme, une collaboration a été réalisée auprès du réseau national des Réserves Naturelles de France (Groupe Milieux fluviaux,
coordonné par Bernard Pont de la Réserve Naturelle Nationale de l'île de la Platière) et d'autres structures de protection de la nature (CREN, associations...).
C’est le premier réseau de ce type mis en place en Europe. 37 populations naturelles ont été recensées depuis 2003 et sont en cours d'étude.
